Direction artistique : tenir sa position sans fermer la porte
Un client m'a contactée pour la création d'une identité de marque : logo et charte graphique, tout le socle visuel. Le projet impliquait plusieurs interlocuteurs très investis, qui suivaient chaque étape de près et avaient à cœur de participer aux choix.
Ce genre de configuration demande un exercice précis : rester force de proposition et de conviction, tout en laissant une vraie place à l'échange.
Le risque n'est pas le désaccord. C'est que la décision finisse par se diluer, sans que personne ne l'ait vraiment voulu.
Neutraliser les biais avant qu'ils s'installent
Avant même de parler couleur, plusieurs directions ont été présentées en noir et blanc. Le client juge alors les formes, la structure, l'intention, pas ses préférences de teinte du moment. La couleur arrive après, une fois la direction actée sur ce qui compte vraiment.
Ça évite des débats sans fin sur une couleur qui plaît ou non, qui n'ont rien à voir avec la solidité du concept.
Savoir où plier, savoir où tenir
La palette, on peut la retravailler, présenter plusieurs pistes plutôt qu'une seule : ça ne coûte rien et ça rassure. Mais sur un choix structurant, ici un contraste de graisse entre deux mots du logo, pensé pour porter le concept, il faut savoir tenir. Une remarque a été faite dessus. Pas de cession : une réexplication de pourquoi ce contraste existe et ce qu'il raconte. Ce n'est pas de l'entêtement. C'est distinguer ce qui est esthétique, donc négociable, de ce qui est stratégique, donc non négociable.
Tenir sa position, ici, ce n'est pas s'opposer : c'est expliquer, avec assez de clarté pour que le choix devienne évident.
Le périmètre se nomme, il ne s'absorbe pas en silence
À un moment, une déclinaison supplémentaire a été demandée, une qui n'était pas prévue au brief initial. La réponse n'a pas été de dire non platement, ni de l'absorber sans rien dire pour éviter la friction. Elle a été nommée : ça sort du périmètre initial, on regarde comment on l'intègre. Une fois que c'est dit, la discussion peut avoir lieu sur des bases claires : délai, budget, ou report à une phase 2.
Ce qui abîme une relation, ce n'est pas de poser une limite. C'est de la poser trop tard, quand elle a déjà été franchie plusieurs fois sans le dire.
Ni victoire totale, ni compromis mou
À la livraison, le résultat n'était ni l'un ni l'autre. Certains choix sur lesquels j'avais tenu ont été validés tels quels. D'autres, j'ai accepté de les faire bouger, parce que l'échange avait du sens et que la position du client apportait quelque chose au projet.
Ce mélange-là n'est pas un aveu de faiblesse. C'est la preuve que l'assertivité ne veut pas dire la rigidité : défendre une idée jusqu'au bout quand elle compte vraiment, et savoir la laisser évoluer quand elle le mérite.